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Charente Maritime

Les plaisanciers débutants manquent-ils de rigueur ?

publié le 5 août 2011


Le terrible accident de Ronce-les-Bains (Charente Maritime) où un semi-rigide a foncé sur des enfants pose la question des conditions d’attribution de la licence. Le point avec des professionnels de la mer.

« Les gens n’ont plus cette culture maritime que l’on se forgeait autrefois par étapes, d’abord sur un dériveur, puis sur un bateau plus grand, ensuite, à l’occasion, en traversant la Manche jusqu’en Grande-Bretagne. On s’amarinait alors progressivement. Aujourd’hui, on accède au loisir : on achète un bateau, puis on tourne la clé… »

Cette déclaration, le célèbre navigateur et président du Conseil supérieur de la navigation de plaisance Gérard d’Aboville, nous l’avait faite l’année dernière, au seuil de la 38e édition du Grand Pavois, le salon à flot de La Rochelle qu’il parrainait. Il tenait à diffuser une fois encore son message de sensibilisation à la sécurité en mer.

Le fait divers tragique survenu dimanche dernier sur une cale de mise à l’eau de Ronce-les-Bains, à La Tremblade, fait aujourd’hui écho à son analyse. Une mise en relief saisissante après la course folle de ce bateau semi-rigide dont les deux occupants – pilote compris -, ont été projetés à la mer, avant qu’il n’aille grièvement blesser deux fillettes sur la cale.

À l’évidence, l’achat du bateau (il l’aurait été la semaine précédente, dans le cas présent), ni plus que l’obtention du permis côtier, ne forment le marin avisé et prudent. Au point que l’on s’interroge sur la rigueur avec laquelle cette autorisation de piloter des embarcations à moteur de plus de 6 CV (l’embarcation de Ronce en aurait 50) est délivrée.

Une centaine de mises à l’eau
Selon un agent assermenté qui tient à conserver l’anonymat, la réforme du permis mer, le 1er janvier 2008, a eu beau mettre l’accent sur la sécurité et le bien vivre ensemble sur les plans d’eau, le compte n’y est pas. Si la partie théorique de l’examen est directement sanctionnée par un fonctionnaire de la direction des territoires et de la mer, ex-Affaires maritimes, les conditions d’organisation de l’examen pratique font débat.

Depuis 2008, ce n’est plus l’administration qui valide, mais le formateur. De là à affirmer que le niveau d’exigence et de rigueur dans l’apprentissage s’estompe, et que le tampon officialisant le permis tombe lestement, il reste un pas que cet agent ne franchit pas.

Des milliers de permis sont délivrés chaque année, et les accidents graves, somme toute, ne restent fort heureusement qu’exception. Notre témoin lâche tout de même : « 75 % des gens qui passent ce permis le font pour piloter un jet ski. Qu’ont-ils à faire des règles de navigation ? »

Maître de port principal à La Rochelle, Patrice Bernier nourrit l’interrogation : « Le souci, c’est le contrôle a posteriori. Qui vérifie que le stagiaire a effectué les heures d’apprentissage à la barre auxquelles le règlement l’oblige ? » Deux heures, pour être précis.

L’administration, qui n’a de cesse d’essorer ses effectifs, peut-elle ainsi mettre un fonctionnaire derrière chacun des 36 bateaux écoles répertoriés en Charente-Maritime, des entreprises privées, voire des associations (pour un tiers environ), qui vantent des formations théorique et pratique en trois jours ?

Au port de plaisance de La Rochelle, une centaine de semi-rigides en moyenne sont mis à l’eau les jours de grand beau. Patrice Bernier poursuit : « Si le plaisancier est prompt à équiper son embarcation du matériel électronique dernier cri, en matière de sécurité, on constate qu’il achète ce qu’il y a de moins cher. Aujourd’hui, nous sommes amenés à modifier le règlement de police portuaire. Parce qu’il y a des abus. Le souci majeur, ce sont les excès de vitesse dans le chenal. Et désormais, nous exigeons de connaître qui enseigne dans l’enceinte du port. »

Il ne s’agit pas là de faire le procès en règle des formateurs. Le même Patrice Bernier se réjouit ainsi que le règlement de 2008 impose le passage en revue, durant la formation, « de notions essentielles de sécurité. »

Mais l’on pourrait craindre que, dès lors que souffle sur l’eau le vent de liberté, ces mêmes consignes élémentaires ne s’évanouissent dans le courant. Christian Vinais, qui forme au permis bateau depuis sept ans à Saint-Martin-de-Ré, reconnaît qu’il existe des « cas de négligence importants des capitaines. Mais des accidents comme celui de Ronce-les-Bains ne sont pas courants. Le jour où cela arrive, c’est toujours très grave. Surtout qu’aujourd’hui, les bateaux disposent de grosses puissances. »

« Un garde-fou »
Le professionnel tempère cependant. La nouvelle réglementation de 2008 prévoit des étapes d’apprentissage qui n’existaient pas jusqu’alors. Dans ce sens, les conditions de délivrance des permis côtiers sont plus strictes.

« Le stagiaire doit prendre la barre deux heures durant sa formation (nous sommes tenus d’avoir un compteur à bord) ; le bateau école ne doit pas embarquer plus de quatre personnes. On ne peut nier que le fait que le formateur valide lui-même la pratique puisse jeter le doute. Mais il ne faut pas perdre de vue qu’avec ce règlement, il y a un garde-fou : en cas de problème, c’est la responsabilité du formateur qui est désormais engagée. Ce règlement est rigoureux, les étapes de l’apprentissage le sont aussi. Je considère cependant qu’il serait idéal qu’au bout de cet apprentissage, cette exigence se traduise par la présence d’un fonctionnaire à l’examen pratique. »

Sud-Ouest, le 4 août 2011