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sète-Canal du Midi

Péniches > Une enquête inquiétante

publié le 10 juin 2011


Je suis démoralisé. En gros, on ch… sur un ouvrage classé au patrimoine mondial de l’Unesco.” C’est un tenace, Christophe Morgo. À la différence de ceux qui, élus de tous bords, sont passés à autre chose après avoir assuré que les dégazages sauvages de navires dans l’étang et le canal du Midi devaient cesser, il est allé tâter le terrain. Au risque d’être glacialement reçus, le conseiller général de Mèze et le Bouzigaud Bernard Cappart viennent en effet de pousser la porte de quelques-unes des plus importantes sociétés de location de péniches de plaisance irriguant le canal et la lagune.

Des entreprises régulièrement montrées du doigt jusque-là car accusées de ne pas informer leurs clients de la législation et des précautions à prendre en terme environnemental. Voire de louer des péniches insuffisamment équipées pour éviter les dégazages d’eaux noires et grises dans le canal et l’étang… C’est, pourtant, une réalité bien différente qui s’est imposée à l’élu.

Que ce soit chez Le Boat, à Portiragnes (qui loue de 30 à 40 péniches par jour d’avril à octobre) ou encore chez Locaboat Holidays, à Lattes, Christophe Morgo dit s’être trouvé face à “des professionnels responsables qui mettent à disposition de leurs clients non seulement un guide précis et complet, en quatre langues (lire ci-dessous) mais aussi des produits ménagers biodégradables à bord des bateaux, équipés de cuves jusqu’à 800 litres.” Cuves dont la capacité serait suffisante pour éviter tout rejet dans le milieu naturel… si seulement des équipements, à terre, leur permettaient d’opérer une vidange tous les deux jours. Or, les installations privées (des loueurs) et les quelques initiatives louables, telles l’équipement des ports de Mèze et Bouzigues, ne sont rien au regard de besoins qui seraient de l’ordre d’un poste de vidange tous les 30 km.

Faute d’installations, donc, les cuves des bateaux sont “court-circuitées” de façon à ce que les eaux grises et noires, et donc les excréments, soient directement évacuées dans l’eau. “Dans le cas contraire, elles envahiraient le bateau”, déplore Christophe Morgo. Qui dénonce l’attitude de l’État : “Sur la partie ouest du canal, l’État a contractualisé depuis longtemps avec les régions Midi-Pyrénées et Aquitaine. Chez nous, tout est du ressort des Voies navigables de France, émanation de l’État, qui n’ont pas les moyens. Rien que pour les berges, 100 millions d’euros seraient nécessaires…”

Ce n’est donc pas demain que les points de vidanges attendus jalonneront le canal et éviteront à l’étang de boire régulièrement des tasses bien amères. Mais au moins, nul ne pourra en conscience jeter la pierre aux seuls loueurs de péniches.

Midi Libre, le 10 juin 2011