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La France financera seule le nouveau remorqueur

publié le 24 mai 2011


La Grande-Bretagne a décidé de « retirer ses billes » dans le financement du seul remorqueur affecté au nord de la Manche. Mais pour la France, pas question de brader la sécurité dans le détroit. Elle vient d’annoncer l’arrivée d’un nouveau bateau, dont elle assumera seule le coût. En attendant mieux…

C’est comme si ce cargo était sorti de nulle part. Le 8 février, le Musketier a fait irruption face à la digue d’Ambleteuse, entre Boulogne-sur-Mer et Calais, et s’est échoué à 200 m de la plage. Au bout d’une heure, ce modeste navire de 88 m est finalement parvenu à se dégager à la faveur de la marée montante.

Le remorqueur de haute mer Anglian Monarch, affrété conjointement dans le détroit par la France et la Grande-Bretagne, est arrivé à temps sur la zone pour assister le navire. Mais l’incident a fait grand bruit sur la Côte d’Opale. Certes, ce cargo ne transportait que 3 500 tonnes de bois. Mais si ça avait été un chimiquier ? Et surtout, moins d’une demi-heure s’était écoulée entre le moment où le cargo avait quitté le « rail montant » et son arrivée sur la côte. De quoi relancer le débat sur l’importance de disposer d’un remorqueur dans le détroit.
La solution des remorqueurs privés

Or, quatre mois plus tôt, Londres avait annoncé son intention de ne pas renouveler le contrat de l’Anglian Monarch au-delà du 30 septembre 2011. Une manière pour la Grande-Bretagne d’économiser 1,8 million d’euros par an sur ce navire, financé à parts égales avec la France.

Outre-Manche, où les finances publiques subissent de plein fouet la cure d’austérité, les missions d’assistance devront à l’avenir être assurées par des compagnies privées.

Cette décision a suscité une levée de boucliers côté français. « La solution des remorqueurs privés n’est pas un argument retenu par la France.

Nous pensons qu’il est plus efficace d’avoir un moyen de l’État à notre disposition », insiste Jean-François Tallec, secrétaire général de la Mer. Lequel estime que du temps précieux pourrait être perdu dans une situation d’urgence. Quant à Dominique Dupilet, président du conseil général du Pas-de-Calais, il parle d’une « économie de bouts de chandelle » au regard de ce que pourrait coûter une marée noire.

Le risque est réel. Le détroit est l’un des plus fréquentés au monde. Il a vu défiler l’an dernier plus de 80 000 navires. Et pas moins de 166 millions de tonnes de matières dangereuses ont transité par la « voie montante » gérée par les autorités françaises. Des hydrocarbures, des produits chimiques… et même près de 25 000 tonnes de matériaux radioactifs.
Les Anglais s’en sortent bien…

Au beau milieu de cette autoroute, une cinquantaine de navires signalent chaque année une avarie au CROSS Gris-Nez. Certaines nécessitent une intervention rapide. En 2010, l’Anglian Monarch, basé à mi-temps à Boulogne-sur-Mer et à Douvres, a assuré vingt-neuf interventions.

Autant d’arguments qui ont poussé la France à tenter de faire revenir son voisin anglais sur sa décision. En vain. À défaut, le gouvernement vient de trancher : à partir du 1er octobre, c’est l’Abeille Languedoc, un remorqueur actuellement basé à La Rochelle, qui sera affecté au détroit. « C’est une mesure que nous avons prise dans l’urgence », reconnaît Jean-François Tallec. C’est aussi une question de priorité : « Ce remorqueur était clairement sous-utilisé à La Rochelle, où les routes maritimes passent beaucoup plus au large. » Le secrétaire général de la Mer souligne, en prime, que cette option ne coûtera pas plus cher au contribuable français, puisqu’il s’agit d’un transfert.

Reste que les Anglais s’en sortent plutôt bien dans cette affaire, alors que Jean-François Tallec reconnaît que ce remorqueur pourra aussi intervenir en zone britannique.

La France n’a cependant pas dit son dernier mot. « Nous avons saisi la Commission européenne. Des discussions sont engagées sur la recherche d’une solution mutualisée au niveau européen. » Un financement cosmopolite serait d’autant plus judicieux qu’une marée noire dans le détroit, elle, se moquerait bien des frontières…

La Voix du Nord, le 24 mai 2011