Actualités

  • Reading: La navigation fluviale ne prend pas sur le Lot

L'actu des régions

La navigation fluviale ne prend pas sur le Lot

publié le 31 mars 2011


La navigation fluviale peine à se développer sur le Lot, en dépit des énormes investissements consentis, fait savoir le quotidien Sud Ouest.

Photo : Sud Ouest

Demain, 1er avril, sonne l’ouverture à la navigation touristique sur le Lot. Un poisson d’avril pour les uns et une mauvaise blague pour les autres. Car de tourisme fluvial sur le Lot, du moins en ce qui concerne le tronçon lot-et-garonnais, il n’y en a pour ainsi dire pas. Et cette année, il faudra être encore patient pour espérer voir passer un bateau.

Le port de Castelmoron-sur-Lot n’a pour l’heure plus de loueur et le dernier des Mohicans, Baboumarine, à Penne-d’Agenais, n’attend pas de départ de bateau avant le 15 mai. Longtemps défendu bec et ongles par le Conseil général de Jean François-Poncet, qui y voyait le futur poumon économique du département, le tourisme fluvial n’est ici qu’un concept creux, la faute à des aménagements qui n’ont pas été réalisés en temps et en heure. La gauche, aujourd’hui aux manettes du Département, se voit dans l’obligation de faire avec cette « galère économique », formule employée voilà plus de dix ans quand la majorité actuelle était dans les rangs de l’opposition à Jean François-Poncet.

Et force est de constater, à l’aune du nombre de locations de bateaux sans la moindre chance de rentabilité, que le tourisme fluvial sur le Lot est, aujourd’hui en Lot-et-Garonne, un échec. A contrario du Lot voisin (lire par ailleurs) où l’activité économique est bien plus porteuse. Il y a néanmoins une chance de trouver une échappatoire et de ne pas faire en sorte que les dizaines de millions d’euros engloutis demeurent vains (34 millions depuis 1995 exactement). Cette chance se trouve dans le Fumélois. Après les écluses de Lustrac et des Ondes en 2007, le franchissement du seuil de Saint-Vite et du barrage de Fumel sont les derniers obstacles à passer afin de rallier le Lot dont le Conseil général a déjà aménagé un bon nombre d’écluses et qui prévoit à l’horizon 2013, la possibilité de naviguer de Fumel à Albas. L’an dernier, 21 km de voie navigable supplémentaires en aval de Luzech ont été ainsi aménagées.

20 MILLIONS A TROUVER

Elles n’attendent plus que les bateaux qui ne pourront y évoluer à la seule condition de faire sauter le verrou fumélois. Mais l’opération s’avère onéreuse : 20 millions d’euros. Néanmoins, selon le discours du Conseil général de Lot-et-Garonne, la volonté d’aller au bout et au-delà de Fumel demeure. Même si on sent bien la contrainte. « On se retrouve dans une situation paradoxale, explique Patrick Cassany, premier vice-président en charge du dossier. Si on ne fait pas Fumel, cela voudrait dire que tout ce qui a été fait avant n’a servi à rien et ce serait un immense gaspillage d’argent public. Maintenant on estime que ce n’est pas au seul département du Lot-et-Garonne de payer. » La Région a annoncé qu’elle financerait 20 % de la Région. Mais quid de l’Europe et de l’État qui a demandé de scinder les dossiers de Saint-Vite et de Fumel ?

Pour l’heure, une étude de faisabilité pour franchir le seuil de Saint-Vite a été lancé. Une incertitude qui est à imputer, selon Patrick Cassany, à une mauvaise évaluation dès le départ. « Jean François-Poncet a fait de la communication autour de ce projet sans s’assurer de sa finalité dans de bonnes conditions financières. »

Bref, le passage de Fumel n’est pas pour demain ni pour après-demain. Et cependant ce franchissement est « incontournable » selon Robert Graam, le gestionnaire du port de Castelmoron-sur-Lot, qui est sur la piste d’un nouveau loueur. « C’est indispensable et cela aurait dû être fait depuis longtemps », estime Jean-Jacques Baboulène, le patron de Baboumarine à Penne-d’Agenais, qui rentabilise son activité uniquement grâce aux locations qu’il fait à Cahors.

« Le parcours en Lot-et-Garonne est décevant aux yeux des touristes. En à peine trois jours, on peut avoir tout fait. En outre, il n’y a pas de paysages aussi spectaculaires que sur le tronçon lotois et puis surtout il n’y a pas de village d’appel comme c’est le cas avec Saint-Cyr-Lapopie, de l’autre côté. Avec le passage de Fumel, en plus des 110 km de voie navigable, ce village d’appel, pour le tronçon lot-et-garonnais, serait Puy-l’Evêque. On aurait alors autant de succès que sur l’autre tronçon », assure-t-il. Mais d’ici là, on gage que beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts du Lot…

Article publié dans le quotidien Sud Ouest